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  • Type: Newsletter
  • Date: 04/07/2014

Le franc libre : monnaie de la France libre 

[Décryptages - Entreprises & Economie]
Le 18 juin 1940, au moment de lancer son appel, le général de Gaulle ne dispose que de 100 000 francs (environ 40 000 euros) prélevés sur les fonds secrets, que Paul Reynaud lui a fait remettre avant son départ pour Londres. Au cours des deux mois qui suivent, la France libre vit d’expédients : cession aux Anglais de l’eau lourde récupérée en Norvège, vente des cargaisons de navires arraisonnés…

C’est vite insuffisant : le 7 août 1940, un accord signé entre Churchill et de Gaulle stipule que le gouvernement britannique ouvre à la France libre les crédits nécessaires à ses dépenses militaires et au fonctionnement de ses services londoniens. Il est convenu que ces crédits seront remboursés à la fin de la guerre.

Au cours des trois mois qui suivent, les Français libres prennent le contrôle des territoires de l’Afrique-Equatoriale française. Le général de Gaulle tient à ce qu’ils soient financièrement autonomes. Mais la monnaie qui y circule est émise par la Banque de l’Afrique Occidentale, dont le siège et les réserves se trouvent à Dakar, resté sous contrôle de Vichy. Aussi le général de Larminat, nommé par de Gaulle gouverneur général de l’Afrique-Equatoriale française, décide-t-il d’émettre une monnaie de nécessité, le « franc libre », progressivement couverte par l’or extrait des mines du Cameroun.

Le 2 décembre 1941, est créée à Londres la Caisse centrale de la France libre (CCFL), qui conjugue les fonctions d’un côté de direction du Trésor du mouvement gaulliste, de l’autre d’institut d’émission et d’office des changes du franc libre. La CCFL centralise les relations financières de la France libre et du Royaume-Uni.

En juin 1943, avec l’installation du général de Gaulle à Alger, la surface financière de la France libre s’accroît. Les activités de la CCFL sont coordonnées avec celles des banques d’émission des territoires d’Afrique du Nord. A la fin de 1943, elle devient la Caisse centrale de la France d’Outre-mer (CCFOM).
Six mois plus tard, au lendemain du débarquement de juin 1944, il est décidé de solder le compte de l’ex-CCFL auprès du Trésor britannique. Les finances de la France libre ont été bien gérées : la CCFOM, héritière de la CCFL, n’est quasiment pas endettée à l’égard du Royaume-Uni. Le franc classique en métropole et les monnaies territoriales dans les colonies prennent le relais du franc libre.

Mais si le franc libre s’efface, la Caisse centrale de la France libre conserve une descendance : perdant son rôle d’institut d’émission de l’Outre-mer avec la décolonisation, la CCFOM devient la Caisse centrale de coopération économique (CCCE) en 1958, puis la Caisse française de développement (CFD) en 1992, et enfin l’Agence française de développement (AFD) en 1998. L’AFD est aujourd’hui l’opérateur principal de l'aide française au développement des pays du Sud.
 

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