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  • Date: 01/02/2011

L'e-commerce : un cycle schumpétérien 

[Décryptages - Générations]

Joseph Schumpeter (1883-1950) n’aurait pas été dépaysé à la lecture des chiffres 2010 de la vente à distance en France. En une décennie, le secteur a en effet traversé l’ensemble des étapes du cycle de l’innovation identifiées par le célèbre économiste.

A la fin des années 1990, la vente à distance – alors appelée vente par correspondance ou VPC – se trouve dans ce que Schumpeter qualifie d’état stationnaire. Quelques grands groupes, installés notamment dans le Nord, dominent le marché. L’emploi est stable, l’offre évolue peu, la clientèle vieillit.

Soudain, Internet fait irruption. Les sites marchands viennent concurrencer les leaders de la vente par catalogue. Les jeunes se tournent vers l’e-commerce naissant. Le renouvellement de la clientèle de la VPC traditionnelle n’est plus assuré. On licencie dans les grandes entreprises de vente par correspondance. Selon la terminologie de Schumpeter, on est en phase d’innovation.

Autour de 2005, l’e-commerce voit ensuite se multiplier les vocations d’entrepreneurs. Par l’effet conjugué du développement du haut débit et de la créativité commerciale, le commerce électronique prend son envol. On passe de 14 000 sites marchands en 2005 à plus de 80 000 en 2010. C’est la phase d’entreprenariat.

Acheter sur le web devient un réflexe pour les nouvelles générations. Les ventes par Internet, qui représentaient moins de 10% du chiffre d’affaires du commerce à distance avant 2000, en constituent le quart en 2002, la moitié en 2005 et plus des trois quarts aujourd’hui.

D’abord concentré sur le tourisme, les loisirs et la culture, l’e-commerce concerne désormais l’ensemble de l’offre des catalogues de VPC d’autrefois : habillement, maison, hygiène, etc. Les groupes historiques de la VPC adoptent le commerce électronique et, après de fortes restructurations, renouent avec la croissance et génèrent à leur tour des emplois. Cette quatrième étape est celle de la création.

On estime que 60 000 emplois ont été créés à ce jour dans l’e-commerce et que le niveau de 100 000 devrait être atteint dès 2013. Ces cyber-emplois s’adressent surtout aux jeunes, avec un panachage de diplômes de bac+2 à bac+5. Ils sont généralement mieux rémunérés que les emplois équivalents dans le commerce traditionnel.

En moins d’une génération, la vente à distance est ainsi passée d’une situation de déclin à une époque de recrutement intense. En tant que consommateurs, les jeunes sont les principaux moteurs de cette évolution. Comme salariés, ils en sont les premiers bénéficiaires.

Ce phénomène par lequel, du fait de l’innovation et du goût d’entreprendre, une génération prend la relève des précédentes, c’est ce que Schumpeter appelle la destruction créatrice.

 

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