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  • Type: Newsletter
  • Date: 04/07/2014

Les cadenas d’amour : un mystère sociologique 

[Décryptages - Générations]
Outre le fait qu’ils franchissent des fleuves, le pont des Arts sur la Seine à Paris, le pont Milvius sur le Tibre à Rome ou le pont Hohenzollern sur le Rhin à Cologne, ont en commun d’être envahis de milliers de "cadenas d’amour", ces cadenas sur lesquels les amoureux écrivent leurs noms avant de les accrocher au parapet métallique et d’en jeter la clef par-dessus bord.

La mode des cadenas d’amour est récente. On la repère en Hongrie dans les années 1980, elle arrive en Italie au cours de la décennie suivante, gagne la France dans les années 2000, et touche aujourd’hui la plupart des pays touristiques. La page de Wikipédia qui tient à jour la liste des sites comportant des cadenas d’amour en dénombre plus de deux cents dans le monde.

Pour qu’un lieu se prête à la pratique du cadenas d’amour, il faut que soient réunies trois conditions : la première est la présence d’un support approprié, la deuxième est la possibilité de jeter la clé, la troisième, et non la moindre, est que l’endroit soit "inspiré". Avec leurs grilles de protection et leurs emplacements souvent romantiques, les ponts se prêtent tout particulièrement à ce rite. Mais on trouve aussi ces hommages à Cupidon sur la muraille de Chine ou au sommet de la tour Eiffel.

Les cadenas d’amour préoccupent les services de sécurité : il arrive que les parapets des ponts s’affaissent sous leur poids. Leur foisonnement interpelle aussi les sociologues : pourquoi un tel engouement ?

Depuis l’Antiquité, les monuments et les tombes attirent les dévotions. La maison de Juliette à Vérone, le tombeau d’Oscar Wilde au Père-Lachaise, la fontaine de Trévi à Rome, recueillent graffitis et oboles. Mais le phénomène des cadenas d’amour se distingue par sa dimension universelle : on le retrouve à l’identique dans le monde entier.

Pour les spécialistes, il rappelle l’affaire du soldat Kilroy. En 1944, au fur et à mesure de la progression des Alliés en Normandie, on a vu apparaître dans les endroits les plus divers un graffiti montrant un personnage à gros nez caché derrière un mur et accompagné de la mention "Kilroy was here".

On n’a jamais vraiment identifié l’origine de cette coutume. Mais elle s’est maintenue dans les pays occidentaux pendant toute la durée de la guerre froide, avant de s’éclipser au moment où même les cadenas d’amour émergeaient. Comme si, après la chute du mur de Berlin, l’opinion publique internationale désirait que Vénus succède à Mars !
 

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