France

Détails

  • Service: Corporate
  • Type: Newsletter
  • Date: 06/02/2012

L’Union latine : ancêtre de la zone euro 

[Décryptages - Entreprises & Economie]

Le touriste qui se rend aujourd’hui en voiture de Bruxelles à Olympie par la France et l’Italie a la chance de ne plus faire – en principe – l’objet de contrôles d’identité, et de pouvoir, tout au long de son itinéraire, payer ses dépenses avec la même monnaie.

C’était aussi le cas en 1890.

Au lendemain de la guerre de 1870, les Etats continentaux européens ont en effet pris l’habitude de ne plus exiger de passeports de la part des voyageurs traversant leurs frontières. Comme il n’y avait pas de cartes d’identité, on circula librement d’un pays à l’autre jusqu’en 1914.

En 1890, le franc français était accepté à Bruges comme à Venise, à Genève autant qu’au Pirée. La lire italienne, les francs belge, suisse et luxembourgeois, la drachme grecque, permettaient de payer à Bruxelles et Paris, aussi bien qu’à Rome, Berne ou Athènes.

C’est grâce à la création de l’Union latine en 1865 que certains Européens ont pu pendant quelques années goûter ce privilège. Réunissant d’abord la France, la Belgique, le Luxembourg, la Suisse et l’Italie, puis renforcée en 1868 par la Grèce, cette union monétaire prévoyait que chaque pays membre frapperait des monnaies en tous points semblables (valeur faciale, taille, poids en or ou en argent), à l’exception de l’emblème national figurant sur les pièces.

Dans chaque pays, le Trésor public et la banque centrale s’engageaient à accepter comme libératoires les paiements effectués avec des pièces émises par les autres membres de l’Union. Le dispositif fonctionna plutôt bien jusqu’en 1908, année où dut être abrogée la libre circulation de la drachme grecque, Athènes ayant abusé de la création monétaire ! Il disparut formellement en 1927.

Le père de l’Union latine, le français Félix Esquirou de Parieu (1815-1893), avait prévu de la faire coordonner par une Commission européenne (sic), désignée par chacun des Etats membres, et supervisée par un Parlement européen. Ce visionnaire postulait que cette première association de pays européens favoriserait l’émergence de nouvelles fédérations pacifiques dans le monde.

Parieu ne fut pas suivi dans la partie politique de son projet. On attribua l’échec de l’Union latine à l’insuffisance de ce qu’on n’appelait pas encore la gouvernance, et au fait que l’Angleterre ait, malgré les sollicitations françaises, refusé de s’y associer.

Toute ressemblance avec des situations contemporaines serait purement fortuite...