France

Détails

  • Service: Corporate
  • Type: Newsletter
  • Date: 13/02/2014

Réforme de l’Etat : l’occasion manquée de 1934 

[Décryptages - Entreprises & Economie]
Au lendemain de la manifestation sanglante du 6 février 1934, la France est en crise : le budget –déficitaire – n’est pas voté, les caisses de l’Etat sont vides, le revenu national diminue depuis plusieurs années, les tensions sociales sont vives, la classe politique, compromise par divers scandales, inspire la méfiance.

Gaston Doumergue, ancien président de la République, est rappelé de sa retraite pour former un gouvernement d’union nationale autour du Parti radical (centre gauche) et de l’Alliance démocratique (centre droit). Les grandes figures de la Troisième République y sont nombreuses : Herriot, Tardieu, Barthou, Sarraut, Laval, Flandin, Queuille, Pétain, Marquet… L’opinion publique approuve : « Le crédit ouvert par la patrie à M. Doumergue est illimité », écrit Le Figaro.

André Tardieu, ministre d’Etat et leader de l’Alliance démocratique, vient de publier le 1er février 1934 L’heure de la décision, un livre où il évoque l’urgence d’une réorganisation des pouvoirs publics et de la politique économique. Il convainc Doumergue de mettre la réforme de l’Etat à l’ordre du jour.

Le 15 mars, la Commission Marchandeau, du nom du député de la Marne, est chargée à la Chambre d’en étudier les aspects institutionnels. Le 24 mars, Doumergue déclare à la radio : « Le salut [du régime parlementaire] exigera des réformes dans les lois qui régissent ce régime, des changements de méthodes, des mises au point dont l’expérience a démontré la nécessité et aussi le retour à des disciplines trop oubliées en même temps que l’adoption de disciplines nouvelles. » Le 4 avril, pour limiter le déficit budgétaire, le gouvernement décide par décret-loi de réduire de 10% le nombre des fonctionnaires, et de diminuer leur traitement de 5 à 10%.

Mais tout bascule pendant l’été. Le parlement reproche au président du Conseil de le contourner en s’adressant directement à l’opinion publique dans ses causeries radiodiffusées. Au sein du cabinet, les ministres s’affrontent. Quant à Doumergue, il temporise. Le 24 septembre, il annonce : « Il faut, pour opérer ce redressement, outre une volonté ferme – qui, certes, ne me fait pas défaut – de la méthode, de la persévérance dans l’effort, de la patience, du temps, et, enfin et surtout, un pouvoir réel et suffisant. Ce pouvoir, le gouvernement ne l’a pas. Je ne l’ai pas plus que lui. »

Le cabinet tombe le 8 novembre. Les principales propositions de la Commission Marchandeau (renforcement de l’exécutif, limitation de l’initiative budgétaire parlementaire, droit de dissolution, vote des femmes) demeurent en friche. De la volonté réformatrice de Gaston Doumergue, ne resteront que la création du Secrétariat général à la présidence du Conseil et… l’achat de l’hôtel Matignon, où s’installera en 1935 son successeur Pierre-Etienne Flandin.

La réforme de l’Etat reviendra au premier plan, sans plus de succès, sous le Front Populaire. Il faudra attendre la Libération pour qu’elle progresse enfin.
 

Boutons de partage

Share this