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  • Date: 11/12/2013

La qualité allemande : une invention britannique 

[Décryptages - International]
En 1873, l’économie mondiale s’engage dans une longue période de faible croissance, connue sous le nom de Grande Dépression, qui se prolongera jusqu’en 1896. Alors que le principe du libre-échange régit le commerce international depuis une décennie, les grandes puissances sont toutes, tour à tour, tentées par le protectionnisme.

L’Allemagne, où le coût du travail s’est fortement accru à la suite du versement des indemnités de guerre par la France, est la première à réagir. Sous la pression conjointe des grands propriétaires terriens et des dirigeants de l’industrie – l’alliance du « seigle et du fer » –, Bismarck augmente en 1879 les taxes douanières sur les importations des produits agricoles et manufacturés.

Les Américains prennent des dispositions identiques en 1890 à l’initiative de William McKinley, futur président des Etats-Unis, et alors membre influent de la Chambre des représentants. En France, Jules Méline, président de la Chambre des députés, fait voter en 1892 une loi qui prévoit le doublement des droits sur les importations agricoles.

A Londres, c’est l’industrie allemande qui est dans la ligne de mire : les Anglais reprochent aux Allemands de copier les produits britanniques, notamment à base d’acier, et de les exporter à bas prix vers le Royaume-Uni. Interpellé par l’opposition et confronté à un mécontentement populaire croissant, le gouvernement anglais est partagé entre la tentation protectionniste et la tradition libérale.

C’est le pragmatisme qui l’emporte : en 1887, après de vifs débats, le Parlement adopte le British Merchandise Marks Act, une loi qui impose aux importateurs de faire figurer sur les produits étrangers vendus dans les îles britanniques une mention précisant leur pays d’origine.

Derrière l’obligation générale, ce sont les importations en provenance d’Allemagne qui sont visées en premier lieu. A Westminster, on espère que les consommateurs britanniques renonceront, par civisme, à acheter les produits signalés Made in Germany. Mais la mesure a un effet inverse : loin de renoncer aux produits allemands, les Britanniques les plébiscitent. Comme ce qui vient d’Allemagne est solide et de bonne facture, le label Made in Germany devient synonyme de qualité.

Plus d’un siècle après, c’est toujours le cas !
 

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