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  • Date: 15/10/2010

Octobre 2010 : l’Allemagne a fini de payer 

[Décryptages - International]

Près d’un siècle après l’armistice, la Première guerre mondiale vient de prendre fin sur le plan financier. Le 3 octobre 2010, le Trésor allemand a en effet remboursé les dernières de ses dettes issues du conflit.

 

L’histoire qui s’achève a été mouvementée. Déclarée responsable des hostilités par le Traité de Versailles, l’Allemagne est tenue d’assumer l’ensemble des dommages de guerre. Malgré les mises en garde de Keynes, membre de la délégation britannique aux négociations de paix, on lui impose une dette représentant 132 milliards de marks-or, soit une année de son produit intérieur.

Dès le départ, la République de Weimar se trouve incapable de rembourser. En 1924 avec le plan Dawes, et en 1929 par le plan Young, sa dette est allégée et restructurée. Puis en 1932, à la Conférence de Lausanne, les Alliés finissent par renoncer au paiement des réparations, alors que 17% seulement des 132 milliards de marks-or prévus ont été honorés.

Restent cependant en circulation les obligations émises par le Trésor allemand dans le cadre des plans Dawes et Young. Le gouvernement nazi les honorera jusqu’en 1939 avant d’en interrompre le remboursement.

En 1953, le chancelier Adenauer, désireux d’asseoir l’image financière de la jeune RFA, veut reprendre le service des emprunts Dawes et Young. Ils seront définitivement remboursés respectivement en 1969 et en 1980. Mais Adenauer estime qu’une partie de cette charge devrait revenir à la RDA. Aussi fait-il inclure dans les accords de Londres, qui règlent la question, que les intérêts de la période 1945-1952 ne seront payés qu’au cours des vingt années qui suivront la réunification de l’Allemagne.

A l’époque, on a souri, tant cette perspective paraissait improbable. Mais dès le lendemain de la chute du mur de Berlin, la République fédérale s’est mise en devoir de respecter cet engagement. Et la dernière tranche des intérêts de la période 1945-1952 des emprunts Dawes et Young a été honorée le 3 octobre 2010.

« L’Allemagne paiera » avait dit Clemenceau. Il ne se trompait que de 91 ans !