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  • Date: 12/09/2011

Nikolaï Kondratiev : victime de son cycle 

[Décryptages - Entreprises & Economie] 

On reproche parfois aux économistes de ne pas avoir à assumer les conséquences de leurs recommandations.

Nikolaï Kondratiev fait exception : c’est de sa vie qu’il a payé ses théories.

Celui qui a laissé son nom aux cycles économiques longs est en effet mort fusillé en 1938 pendant les grandes purges staliniennes.

Né en 1892 au nord de Moscou dans une famille paysanne, Kondratiev poursuit des études d’économie et de statistiques à l’université de Saint-Pétersbourg. Brillant, il devient en 1917, à 25 ans, ministre du Ravitaillement dans le gouvernement social-démocrate de Kerenski.

Malgré cette « compromission », il est, après la prise du pouvoir par les Soviets, nommé directeur de l'Institut des Conjonctures Économiques au Commissariat du Peuple aux Finances, dont il fait un organe efficace et respecté.

A ce poste, il met en évidence l’existence, dans les pays capitalistes, de cycles récurrents d’une soixantaine d’années, où se succèdent une période de croissance puis une autre de déclin. Kondratiev attribue les phases de croissance à l’apparition d’innovations technologiques majeures, et celles de déclin à leur maturité. Ses travaux ont influencé de nombreux économistes, dont Schumpeter.

Les analyses de Kondratiev le conduisent à pronostiquer que le capitalisme se remettra de la crise de 29.

C’en est trop pour Staline : au début des années 30, l’économiste est condamné à huit ans de prison avec les « ingénieurs-saboteurs » dans le procès dit du « parti
industriel ».

A partir de 1932, il est autorisé à effectuer sa peine comme enseignant dans une ville proche de Moscou, où il peut continuer ses recherches, mais il est à nouveau jugé en 1938 et cette fois condamné à mort puis exécuté.

Il ne sera réhabilité qu’en 1987, à la veille de l’irruption d’Internet et de ce que d’aucuns identifient comme un nouveau cycle de… Kondratiev.

 

Sources