France

Détails

  • Service: Corporate
  • Type: Newsletter
  • Date: 17/04/2013

La fin des saisons : mythe ou réalité ? 

[Décryptages - Développement durable]
En mai 1931, il pleut à Paris comme jamais. A l'observatoire du parc Montsouris, on enregistre des précipitations de 124 mm sur le mois, deux fois plus que l'année précédente. En région parisienne, les affluents de la Seine débordent. On craint des inondations dans la capitale.

La pluie est de toutes les conversations. Dans son édition du 23 mai, le quotidien populaire Le Petit Journal titre « Pluie de mai » sur deux colonnes à la une et écrit, comme si c'était désormais une fatalité : « Il pleut aujourd'hui, comme il a plu hier et comme il pleuvra demain. Cette pluie-là ressemble à une injustice. »

Au mois de mai 1931, avec retard par rapport aux Etats-Unis, à l'Allemagne et au Royaume-Uni, la France vient à son tour d'être brutalement touchée par la dépression qui s'est abattue sur l'économie mondiale un an et demi plus tôt. A Paris, la pluie de mai 1931 est ressentie comme une double peine, sur laquelle on projette les frustrations de la vie quotidienne. Et l'on craint que toutes les saisons ne soient à l'avenir comme le fichu printemps 1931.

Le froid, la neige et la pluie persistante qui ont affecté l'Hexagone au début de l'année 2013 ont également fait les premières pages des journaux. Les Français semblent percevoir le mauvais temps comme une sorte d'iniquité qui vient s'ajouter au fardeau de la crise. Comme en 1931, on entend murmurer qu'il n'y a décidément plus de saison et que chaque hiver est pire que le précédent.

L'inquiétude est-elle plus justifiée qu'avant-guerre ? Il n'y a pas, sur cette question, de consensus dans la communauté scientifique. Les hivers des dernières années ont certes été plus froids que la moyenne des trois dernières décennies. Pour certains prévisionnistes, ce constat est trop récent pour qu'on en tire des conclusions à ce stade. Pour d'autres, il s'expliquerait par le réchauffement climatique au pôle Nord, qui provoquerait la réduction de la banquise, favorisant la formation de hautes pressions atmosphériques au-dessus de l'Arctique et repoussant l'air froid vers la périphérie, notamment l'Europe du Nord. On a donné le nom d'Oscillation nord-atlantique (NAO) négative à ce phénomène. L'avenir dira s'il est durable.

Diderot attribuait « l'inconstance de girouette » des habitants de Langres, sa ville natale, « aux vicissitudes de leur atmosphère ». Que penserait-il aujourd'hui du spleen des Français hiver après hiver ?
 

Boutons de partage

Share this