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  • Date: 10/10/2012

Il y a 75 ans : l'invention de la rigueur 

[Décryptages - Entreprises & Economie]
Le 17 juillet 1926, la livre britannique, qui cotait 145 francs deux mois plus tôt, atteint le cours record de 240 francs. Raymond Poincaré, ancien président de la République française et déjà deux fois président du Conseil, fait son retour à la tête du gouvernement le 23 juillet. Il prend également personnellement en charge le ministère des Finances. Dès le 24 juillet, la livre redescend à 200 francs. En décembre, elle est à 120.

La personnalité de « Poincaré-la-confiance », comme le surnomme la presse, ne suffit pas à expliquer le rétablissement de la monnaie française. C'est à un ensemble de mesures draconiennes d'austérité que le franc doit sa remontée.

Au printemps 1925, un an après l'arrivée au pouvoir du Cartel des gauches, la situation financière française est précaire. Le président du Conseil, Edouard Herriot, préfère se retirer plutôt que d'engager une politique de rigueur. Après l'intermède des ministères Painlevé et Briand, c'est Raymond Poincaré qui se charge de mettre en œuvre en 1926 les réformes nécessaires.

De nouveaux impôts établis par décrets-lois, dont une éphémère taxe sur la richesse, la création d'une caisse d'amortissement de la dette publique, une réduction drastique des dépenses de l'Etat, avec notamment la suppression de 106 sous-préfectures, permettent au gouvernement de présenter un budget excédentaire dès l'année 1927 et à la Banque de France de reconstituer ses réserves.

Le succès de la politique d'austérité dépasse les espérances. Au lendemain des élections législatives de 1928, où il triomphe, Poincaré peut rétablir la convertibilité du franc en or, abandonnée depuis 1913.

Saluée par l'opinion publique, l'orthodoxie financière imprimée par Poincaré dans les finances publiques finira cependant par se révéler perverse. Alors que les Etats-Unis et la Grande-Bretagne engagent dans les années trente des politiques keynésiennes de relance par la dépense publique, la France, fidèle à l'esprit de Poincaré, s'y refuse durablement, prolongeant d'autant dans l'Hexagone les effets de la Grande Crise.

Lorsqu'il présente son programme à la Chambre en juillet 1926, Poincaré le qualifie d'impérieuse obligation, de lourde tâche, d'équitable remède, de discipline volontaire, d'œuvre de salut public. Jamais les mots rigueur et austérité ne sont prononcés.

Comme s'ils faisaient déjà peur.
 

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