[Décryptages - International]
En Allemagne, la publication d’une thèse, après sa validation par un jury, procure privilèges et avantages. Le titulaire d’un doctorat a en effet le droit de faire précéder son nom de la prestigieuse mention Docteur (Dr.). Sur le marché du travail, à emploi équivalent, il est facilement recruté et peut prétendre à une rémunération supérieure à la moyenne.
En France, le titre de docteur n’est porté que par les médecins, chirurgiens-dentistes et vétérinaires, dont les thèses sont généralement plus limitées que celles des disciplines non médicales. Quant aux autres titulaires de thèses, il n’est pas d’usage de les désigner par le titre de docteur, et beaucoup rencontrent, pour s’insérer dans la vie professionnelle, plus de difficultés que des candidats moins diplômés.
Ce contraste s’explique par les évolutions divergentes de l’enseignement universitaire de part et d’autre du Rhin.
Jusqu’à la fin du 18ème siècle, les universités françaises et allemandes se ressemblent. Mais les choses changent avec la Révolution et le Premier empire.
En France, la Convention développe les grandes écoles, puis Napoléon refonde l’Université. Pendant deux siècles, les deux systèmes se développeront en opposition. D’un côté, les grandes écoles, notamment d’ingénieurs, insérées dans le monde économique, autonomes et élitistes. De l’autre, l’Université, centralisée, autarcique et moins en contact avec les entreprises.
On en trouve aujourd’hui encore la trace. A l’exception des professions médicales, vétérinaires et pharmaceutiques, où il est exigé, le doctorat n’est nulle part nécessaire à l’exercice professionnel.
En Allemagne au contraire, les filières d’excellence passent depuis toujours par les universités. Et le doctorat – grade universitaire le plus élevé – constitue le meilleur viatique pour accéder aux postes de direction.
On compte cependant aujourd’hui en France, proportionnellement, autant de doctorants qu’en Allemagne, soit environ un pour cent habitants. Mais en France plus de 40% des doctorants sont des étudiants étrangers, pour 10% en Allemagne, et dans l’Hexagone près d’un doctorant sur deux n’achève pas sa thèse, alors que la plupart vont jusqu’à la soutenance outre-Rhin.
En conséquence, près de 25 000 Allemands obtiennent chaque année le titre de docteur, pour seulement 10 000 Français. On est loin de la convergence.