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  • Date: 21/06/2011

FMI : une chasse gardée européenne ? 

[Décryptages - Entreprises & Economie]

Depuis la création du Fonds monétaire international en 1944, ses dix directeurs généraux successifs ont toujours été d’origine européenne. Parmi eux, quatre Français ont au total assuré la direction du FMI pendant 36 des 67 années de son histoire.

Pourquoi cette tradition européenne, et plus spécialement française, à la tête de l’institution ?

C’est au contexte de la mise en œuvre des accords de Bretton Woods qu’on doit cette situation.

La réunion de refondation du système monétaire international institue en effet deux nouvelles organisations : le FMI et la Banque mondiale. Dans les mois qui suivent, les Etats-Unis, alors au sommet de leur puissance, revendiquent la direction des deux organismes.

Harry Dexter White, qui dirige la délégation américaine, est pressenti en 1946 pour prendre la tête du FMI. Keynes, représentant britannique, le soutient. Mais d’autres européens torpillent sa candidature en laissant entendre qu’il est communiste…

Le président des Etats-Unis, Truman, finit par juger plus équilibré de limiter les prétentions américaines à la Banque mondiale. Un gentleman agreement s’ensuit qui attribue la direction de la Banque mondiale à un Américain et celle du FMI à un européen, dispositif dont on n’a pas dérogé à ce jour en dépit du quadruplement du nombre de pays membres.

Après le désistement de White, c’est vers le ministre belge des Finances, Camille Gutt, qu’on se tourne. Membre du gouvernement belge en exil à Londres pendant la guerre, il s’est distingué à Bruxelles par une énergique réforme monétaire à la Libération.

Comme le seront tous ses successeurs, Gutt est élu avec l’appui indispensable des Etats-Unis, et se voit imposer un bras droit américain.

Après Camille Gutt viendront deux directeurs généraux suédois, choisis pour leur neutralité, puis en 1963, Pierre-Paul Schweitzer, ancien directeur du Trésor français.

Le choix d’un Français en 1963 traduit autant la reconnaissance des qualités propres aux hauts fonctionnaires parisiens que le début de la modification des rapports de forces au sein de l’institution.

Ce sont les mêmes considérations qui conduiront à désigner par la suite trois autres Français à la tête du FMI : Jacques de Larosière (1978-1987), Michel Camdessus (1987-2000), tous deux anciens directeurs du Trésor, et Dominique Strauss-Kahn (2007-2011).
 

Sources