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  • Date: 07/03/2014

Emprunts ottomans, emprunts russes : deux destins opposés 

[Décryptages - International]
A la veille de la Grande Guerre, le montant des emprunts contractés par la Russie auprès des épargnants français atteint 15 milliards de francs-or, soit environ 50 milliards d’euros. Après 1917, l’URSS s’estime non tenue par leur remboursement. Cette situation perdure jusqu’à ce qu’en 1996 la Fédération de Russie accorde aux ayants-droit la somme symbolique de 300 millions d’euros.

En 1914, le montant des emprunts souscrits à l’étranger par l’Empire ottoman s’élève à environ 5 milliards de francs-or. Les deux tiers sont placés dans l’Hexagone. Les banquiers parisiens sont en effet très actifs à Constantinople : la Banque ottomane, fondée en 1856 autour d’un actionnariat principalement français, y joue de facto le rôle de banque centrale.

Au cours de la Première Guerre mondiale, le service de la dette ottomane à l’égard des créanciers français est interrompu. En 1923, le Traité de Lausanne fixe les modalités de remboursement des emprunts ottomans : le jeune Etat turc s’engage à en assumer les deux tiers ; les pays issus ou bénéficiaires de son démembrement à la suite des guerres balkaniques de 1912-1913 et de la guerre de 14-18 prennent en charge le solde au prorata des revenus des territoires concernés. En 1925, un arbitrage international confirme ce principe.

Ainsi la Bulgarie, la Grèce, la Yougoslavie, l’Albanie, l’Egypte, les îles du Dodécanèse administrées par l’Italie, les territoires du Levant sous mandat français (Liban, Syrie), la Palestine et la Transjordanie sous mandat britannique, la Mésopotamie qui devient l’Irak en 1932, le Yémen, les émirats de Hedjaz et de Nedjd (future Arabie Saoudite) assurent à partir du milieu des années 1920 l’amortissement et les intérêts du tiers des emprunts de la « Sublime Porte ».

En 1933, la dette ottomane est renégociée et étalée sur une période de 50 ans.
Si la plupart des pays héritiers de l’Empire ottoman cessent rapidement d’honorer leurs obligations, la Turquie assure en revanche jusqu’au bout la charge de la dette qui lui revient. En 1954, elle se trouve avoir remboursé la quasi-totalité des encours qu’elle devait assumer dans le cadre du Traité de Lausanne.

En 1914, mieux valait être porteur du 4% à 41 ans de 1890 émis par le gouvernement impérial ottoman que du 4% à 81 ans de 1889 lancé par le gouvernement impérial russe !
 

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