[Décryptages - International]
En 1900, Détroit comptait 260 000 habitants, puis 1,9 million au lendemain de la seconde guerre mondiale, avant de redescendre aujourd’hui à 800 000 par suite des crises successives de l’automobile. Majoritairement noire dès les années 30, Détroit est actuellement afro-américaine à 80%.
C’est à sa situation géographique que la grande ville du Michigan doit cette évolution.
Fondée en 1701 par le Français Antoine de Lamothe-Cadillac – qui devait donner son nom à une voiture –, Détroit occupe en effet une position stratégique dans la région des Grands Lacs. Le commerce de la fourrure transite très tôt par ses comptoirs. Après l’indépendance américaine, la ville devient un carrefour d’échanges entre le Canada britannique et les Etats-Unis. Et en 1825, l’achèvement de la construction d’un canal entre l’Hudson et le lac Erié en fait le point de départ du trafic fluvial en direction de New York.
Autour de cette fonction de « hub » de réseaux de transport, se développe l’industrie des bateaux à vapeur, des chariots et des premiers moteurs à combustion.
En 1850, le Congrès des Etats-Unis vote le Fugitive Slave Act, un texte qui oblige les Etats non esclavagistes du Nord à restituer à ceux du Sud les esclaves qui s’en sont évadés. Pendant une dizaine d’année, se mettent en place des filières d’évasion d’esclaves américains vers le Canada, connues sous le nom d’Underground Railway, dont la plupart convergent vers Détroit, passage le plus commode entre les deux pays.
Après l’abolition du Fugitive Slave Act au lendemain de la guerre de Sécession, la ville demeure une destination naturelle pour les anciens esclaves. Leurs descendants conserveront l’habitude de venir s’y installer.
Quand Henry Ford, issu d’une famille de fermiers irlandais établis à proximité de Détroit, commence vers 1900 la construction de ses premières automobiles, il trouve en ville la main d’œuvre formée à l’industrie du transport dont il a besoin. Ford attire à son tour les autres constructeurs, et Détroit amorce une période de prospérité qui se prolongera pendant trois quarts de siècle.
Ainsi, sa situation géographique aura eu pour Détroit une double conséquence. Economique d’abord : si la ville est devenue la capitale américaine de l’automobile, c’est parce qu’une industrie des transports est née très tôt à ce carrefour de voies de communication. Démographique ensuite : c’est parce que Détroit constituait la voie d’accès la plus simple vers le Canada que les esclaves – puis leur enfants et petits-enfants – s’y sont spécialement arrêtés.
« L'histoire n'est que la géographie dans le temps ». Elisée Reclus