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  • Date: 17/01/2011

De Frederick à Bill Gates : un siècle de philanthropie 

[Décryptages - Entreprises & Economie]

Ils n'ont pas de lien de parenté. Mais, par un curieux hasard, l'inventeur, il y a cent ans, de la philanthropie moderne et celui qui l'incarne sans doute le mieux aujourd'hui portent le même nom : Gates.

Tout remonte au 21 janvier 1889. John D. Rockefeller, alors cinquantenaire, est le principal actionnaire de la Standard Oil. Il est en situation de quasi monopole sur le marché pétrolier américain. C'est l'homme le plus riche du monde.

Un jour où il traverse en train le Colorado dans son wagon privé, un pasteur demande à le rencontrer. Très attaché lui-même à l'Eglise baptiste, Rockefeller le reçoit. Au hasard de la conversation, le magnat du pétrole se plaint du mauvais rendement de ses mines d'argent et déclare être prêt à récompenser celui qui lui en apporterait l'explication.

Le pasteur saisit l'occasion. Pendant plusieurs mois, il fréquente les mineurs du Colorado, comprend comment certains détournent le précieux métal, et s'en retourne faire son rapport à Rockefeller.

Entre temps, le Congrès des Etats-Unis a voté le Sherman Act, la grande loi anti-trust américaine, qui impose à la Standard Oil de se réorganiser. Largement immobilisée jusque-là, la fortune de Rockefeller devient plus liquide. Il décide d'en affecter une partie à des actions de bienfaisance. Le pasteur lui suggère de financer une université baptiste. Le milliardaire accepte et lui confie la création de ce qui deviendra l'université de Chicago.

Frederick T. Gates (1853-1929) réussira si bien dans cette mission que Rockefeller en fera vite son bras droit, non seulement pour l'ensemble de ses actions philanthropiques, mais aussi souvent dans ses affaires financières.

C'est à Frederick Gates qu'on doit la plupart des projets scientifiques et culturels du grand industriel, notamment hors des Etats-Unis. En France, la restauration de la cathédrale de Reims après la première guerre mondiale, et celle des châteaux de Versailles et de Fontainebleau – dont le bâtiment Rockefeller de la cité universitaire de Paris est une réplique – ont été suivies personnellement par l'ancien pasteur.
Longtemps célèbre, le nom de Frederick Gates s'est effacé derrière celui de Rockefeller. Mais tout ce qu'entreprend de nos jours la fondation de Bill Gates résonne comme l'écho des principes caritatifs posés un siècle plus tôt par son lointain homonyme.