[Décryptages - Générations]
Elles seraient 60 millions en Chine et autant en Inde.
Ce sont les « femmes manquantes », celles qui auraient dû naître si le sex-ratio primaire de ces pays, c’est-à-dire le nombre de naissances masculines rapporté à celui des naissances féminines, avait été de 1,05 à l’image des pays occidentaux, et non de plus de 1,10.
Avec un sex-ratio de 1,20 en 2008, la Chine est le pays où le déséquilibre des sexes est le plus important dans le monde. Le déficit de femmes y est devenu si préoccupant que même le Quotidien du Peuple n’hésite plus à l’évoquer ouvertement. Avec un ratio de 1,10, l’Inde suit de près son grand voisin.
En Chine, le phénomène trouve son origine dans la politique de l’enfant unique engagée il y a une quarantaine d’années. Par des avortements sélectifs, voire des infanticides, les parents s’arrangent pour que l’enfant soit un garçon, réputé plus utile à sa famille.
En Inde, ce sont principalement les conditions économiques et culturelles qui expliquent le surplus de naissances masculines. Elever une fille coûte cher : il faut prévoir une forte dot. Grâce à l’échographie, la sélection du sexe avant la naissance est devenue courante dans les classes urbaines.
Le manque de femmes confronte la Chine et l’Inde à un double problème. Sur le plan démographique, une prédominance forte des garçons conduit à une diminution à terme de la population. C’est le danger qui menace la Chine dans les vingt années qui viennent. Sur le plan politique, un excès durable de garçons est de nature à provoquer une montée de la violence.
Parmi les pays asiatiques confrontés à un sex-ratio déséquilibré au profit des garçons, seule la Corée du Sud a réussi jusqu’à présent à inverser la tendance. C’est le développement du niveau de vie qui a permis aux familles de se montrer moins sélectives quant aux naissances.
En Chine et en Inde, où les mesures financières récentes en faveur des naissances féminines tardent à produire leurs effets, on espère que la prospérité économique apportera une solution.