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  • Date: 07/06/2013

Le Centre national du cinéma : une conséquence de l’accord Blum-Byrnes 

[Décryptages - Entreprises & Economie]
En février 1946, l’économie française est exsangue. Le gouvernement provisoire, dirigé par Félix Gouin depuis la démission du général de Gaulle le 22 janvier, a chargé Jean Monnet, tout juste nommé commissaire général au Plan, de solliciter l’aide financière américaine. Mais la négociation piétine. Gouin propose alors à Léon Blum de diriger la délégation française à Washington, avec l’espoir que son prestige jouera en faveur de la France.

Aux Etats-Unis, la presse ironise. Le Wall Street Journal publie un article intitulé : « Quand Karl Marx vient voir le Père Noël ». Après trois mois de discussions, un accord financièrement satisfaisant pour la France est cependant signé entre Léon Blum et le secrétaire d’Etat américain James F. Byrnes. Cet accord, qui préfigure le plan Marshall, efface les dettes de guerre et finance le déficit budgétaire français.

Pour l’obtenir, la France doit accepter des concessions en matière de libre-échange sur les biens industriels, mais aussi dans le domaine cinématographique. En vue de protéger la production nationale de la concurrence d’Hollywood, les Français désirent que, chaque trimestre, sept semaines sur treize soient réservées aux films français dans les salles de l’Hexagone. Les Etats-Unis demandent que les deux tiers des films diffusés en France soient d’origine américaine. On fixe finalement à quatre semaines sur treize la période consacrée exclusivement aux films français, sans référence au nombre de films diffusés.

Signé le 28 mai 1945, l’accord Blum-Byrnes est ratifié pendant l’été suivant. Mais dès l’automne, alors que débute le premier Festival de Cannes, le monde du cinéma parisien et le Parti communiste s’insurgent contre un dispositif qu’ils estiment menaçant pour la production française. Sous leur pression, l’accord sera révisé en 1948, portant à cinq semaines sur treize la période réservée aux films français, et limitant à 121 le nombre de films américains diffusés chaque année en France.

Surtout, il est institué une taxe de 10,9% sur les billets de cinéma, abondant un système d’aide automatique à la création cinématographique géré par le Centre national du cinéma (CNC), créé à cette occasion. Ce système de financement, spécifique à la France, est toujours – mutatis mutandis – en vigueur.
 

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