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  • Date: 07/03/2014

Autoroutes urbaines : la fin d’une époque ? 

[Décryptages - Développement durable]
Lors de l’inauguration à Paris en 1967 de la voie rapide sur berges à laquelle sera donné son nom, le Premier ministre Georges Pompidou laisse entendre que c’est à la ville de s’adapter à la voiture et non à l’automobile de se plier aux contraintes de l’urbanisme. Plus tard, devenu président de la République, il déclarera : « Il y a un certain esthétisme auquel il faut renoncer et ce n'est pas parce qu'on empêcherait les voitures de circuler qu'on rendrait Paris plus beau. La voiture existe, il faut s'en accommoder et il s'agit d'adapter Paris à la fois à la vie des Parisiens et aux nécessités de l'automobile à condition que les automobilistes veuillent bien se discipliner.»

Dans les grandes métropoles mondiales, la tendance est alors aux autoroutes urbaines. Aux Etats-Unis, des voies express suspendues atteignent le centre des villes. Au Japon, elles traversent les zones d’habitation. En Ile-de-France, le schéma directeur d’aménagement de la région prévoit la construction de voies rapides à travers la capitale une fois achevée, en 1973, la boucle du boulevard périphérique.

Le premier choc pétrolier et une sensibilité renforcée à la protection du patrimoine mettent fin à cette politique. La construction de la voie rapide rive-gauche et les autres projets d’axes intra-urbains rapides sont abandonnés.

Après une quarantaine d’années de statu quo, l’heure est à la destruction ou à la reconversion des autoroutes urbaines. Loin de constituer un moteur du développement économique, elles apparaissent aujourd’hui comme un facteur de détérioration de l’environnement et d’éclatement du tissu social. Au voisinage des voies rapides, l’habitat se dégrade et la criminalité augmente.

Le Japon, la Corée et les Etats-Unis ont lancé le mouvement de remise en cause des voies express urbaines. Celles qui sont surélevées sont détruites. Les autres sont transformées en promenades pour piétons. On constate rapidement le retour des classes moyennes dans leur voisinage et une diminution de l’incivilité, généralement sans accroissement des difficultés de circulation du fait d’un recours accru aux transports en commun et au co-voiturage. A Paris, la voie sur berges rive-gauche a été rendue à la circulation piétonne en 2013 et un débat est en cours sur l’aménagement de la voie Georges-Pompidou, sur la rive droite.

Un demi-siècle après la mode des autoroutes urbaines, le temps du « transport doux » semble s’annoncer.
 

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