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  • Date: 11/01/2013

1848 : naissance de la Banque française moderne 

[Décryptages - Entreprises & Economie]
Quand la Seconde République est proclamée en France le 24 février 1848, la masse monétaire comporte trois composantes : les pièces d’or et d’argent, de faible valeur nominale, pour le commerce de détail ; les billets émis par la Banque de France, grosses coupures d’un montant minimum équivalent à 1 500 euros, pour les opérations financières ; les effets de commerce (billets à ordre et lettres de change) pour l’activité business to business comme on dirait aujourd’hui.

Le papier commercial joue le rôle à la fois des chèques, virements, cartes de crédit et billets de banque actuels. Le bénéficiaire d’un effet de commerce peut l’endosser au profit d’un tiers et l’utiliser ainsi à son tour comme moyen de paiement. Il peut également l’escompter et recevoir du numéraire en contrepartie.

Les effets comportant des débiteurs de première qualité sont escomptables à taux faible auprès des établissements de la Haute Banque (Rothschild, Mallet, Hottinguer, Vernes…), qui les réescomptent eux-mêmes auprès de la Banque de France. Les effets comportant des signatures de second rang ne sont escomptables qu’auprès de caisses spécialisées par secteurs professionnels, à des taux élevés. Ces caisses ne peuvent pas réescompter facilement à la Banque de France. Dans la période précédant la Révolution de 1848, elles ont abondamment placé leurs liquidités en bourse dans les emprunts publics et les titres – très spéculatifs – des compagnies de chemin de fer.

La Bourse de Paris ferme le 24 février 1848, à la chute de Louis-Philippe, pour ne rouvrir que le 7 mars. Au cours de ces deux semaines, les caisses, sous-capitalisées et empêchées de céder leurs actifs boursiers, manquent de liquidités. Elles interrompent leur activité : les effets de commerce cessent de circuler. Lorsque les cotations reprennent, la place de Paris connaît son plus grand krach du XIXe siècle : les caisses d’escompte font faillite, la circulation du papier commercial ne reprend pas, il n’y a plus de commerce dans l’Hexagone.

Dès le 8 mars 1848, le gouvernement décide de créer le Comptoir national d’escompte de Paris (CNEP), au capital duquel il invite les maisons de la Haute Banque tout en exigeant de la Banque de France qu’elle accepte son papier. Le CNEP a pour mission d’escompter au meilleur taux tout papier commercial licite, et interdiction de se livrer à des activités spéculatives : le commerce redémarre. Plusieurs comptoirs d’escompte régionaux sont également établis suivant les mêmes règles, dont celui de Mulhouse qui se montrera spécialement dynamique.

Les créations du CNEP et du Comptoir d’escompte de Mulhouse auront une double conséquence sur l’histoire bancaire de la France. D’abord, pour la première fois s’affiche le principe, toujours d’actualité, de séparation dans les banques des activités commerciales et des opérations sur fonds propres. Ensuite, le CNEP donnera naissance en 1853 au Comptoir d’escompte de Paris (CEP), et le Comptoir d’escompte de Mulhouse en 1932 à la Banque nationale du commerce et de l’industrie (BNCI), appelés à fusionner en 1966 pour constituer la Banque Nationale de Paris, aujourd’hui BNP-Paribas.
 

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